18 janvier, 2017

Confusion et “Dubia” autour d'“Amoris laetitia” : Mgr Schneider lance un appel urgent à la prière pour le Pape

Voici le texte complet qui m'a été communiqué par Mgr Athanasius Schneider et qu'il souhaite voir très largement diffusé. L'évêque actuel de l'archidiocèse d'Astana, Mgr Tomas Peta, son évêque émérite Mgr Jan Pawel Lenga et Mgr Schneider, évêque auxiliaire en sont les consignataires.

Rappel de la doctrine immuable de l'Eglise sur le mariage indissoluble et son lien étroit avec l'Eucharistie, mais aussi mise en garde contre le « danger très réel » de voir le divorce implicitement légitimé par normes tirées par certaines Eglises particulières d'“Amoris laetitia”, le texte dit la gravité de la situation où se trouve aujourd'hui l'Eglise.

Il appelle à prier pour le Pape, afin que celui-ci apporte la nécessaire clarification dans la confusion. – J.S.


Un appel urgent à la prière :
pour que le Pape François confirme la praxis immuable de l’Eglise
à l’égard de la vérité et de l’indissolubilité du mariage.

A la suite de la publication de l’Exhortation apostolique Amoris lætitia, il a été publié dans certaines Eglises particulières des normes pour son application et des interprétations selon lesquelles les divorcés qui ont réaliser un mariage civil avec un nouveau partenaire, nonobstant le lien sacramentel qui les unit à leur époux légitime, sont admis au sacrement de la Pénitence et de l'Eucharistie sans remplir leur devoir, établi par Dieu, de cesser de violer le lien de leur mariage sacramentel existant.
La cohabitation more uxorio avec une personne qui n’est pas le conjoint légitime représente à la fois une offense à l’alliance de la rédemption, dont le mariage sacramentel est un signe (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2384) et une offense au caractère nuptial du mystère eucharistique lui-même. Le pape Benoît XVI a mis en évidence cette corrélation lorsqu’il a écrit : « L'Eucharistie fortifie d'une manière inépuisable l'unité et l'amour indissoluble de tout mariage chrétien. En lui, en vertu du sacrement, le lien conjugal est intrinsèquement relié à l'unité eucharistique entre le Christ époux et l'Église épouse (cf. Ep 5, 31-32). (Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, 27).
Les pasteurs de l’Eglise qui tolèrent ou qui autorisent, même dans des cas individuels ou exceptionnels, la réception du sacrement de l’Eucharistie par les divorcés que l'on dit « remariés », sans qu’ils revêtent l’« habit de noce », malgré le fait que Dieu lui-même l’a prescrit dans la Sainte Ecriture (cf. Mat. 22, 11 et 1. Cor. 11, 28-29) comme condition requise pour la digne participation à la noce eucharistique, ces pasteurs, disons-nous, sont ainsi complices d’une offense continue vis-à-vis du lien sacramentel du mariage, du lien nuptial entre le Christ et l’Eglise et du lien nuptial entre le Christ et l'âme individuelle qui reçoit son Corps eucharistique.
Diverses Eglises particulières ont adopté des directives pastorales comme celle-ci, ou formulées de manière similaire, ou recommandé de s’en inspirer : « Si donc ce choix [de vivre dans la continence] est difficile à mettre en pratique par rapport à la stabilité du couple, Amoris lætitia n’exclut pas la possibilité de l’accès à la Pénitence et à l’Eucharistie. Cela signifie une certaine ouverture, comme dans le cas où existe une certitude morale que le premier mariage était nul, mais que les preuves nécessaires à la démonstration de cela dans une procédure judiciaire ne sont pas présentes. Donc, il n'y a pas de raison pour que le confesseur, à un certain moment, en son âme et conscience, après beaucoup de prière et de réflexion, ne prenne pas sur lui la responsabilité devant Dieu et les pénitents, de demander que les sacrements soient reçus d’une manière discrète. »
Les directives pastorales que nous venons de mentionner contredisent la tradition universelle de l’Eglise catholique en ce qui concerne l’indissolubilité du mariage, qui grâce au ministère continuel pétrinien des souverains pontifes, a toujours été fidèlement gardée, sans la moindre ombre d’un doute ou d’une ambiguïté, que ce soit dans sa doctrine ou sa praxis.
Ces normes et ces directives pastorales que nous évoquons contredisent en outre, dans la pratique, les vérités et doctrines énumérées ci-dessous, que l’Eglise catholique a toujours enseignées comme étant certaines :
  • L’observance des Dix commandements de Dieu, et en particulier du sixième commandement, qui oblige chaque personne humaine, sans exception, toujours et en toute situation. De cette manière, on ne peut admettre des cas individuels ou exceptionnels, ni parler d’un idéal plus pleinement accompli. Saint Thomas d’Aquin dit : « Les préceptes du Décalogue expriment justement l'intention de Dieu, le législateur (…) et c'est pourquoi ils ne souffrent aucune sorte de dispense. » (Summa theol. 1-2, q.100, a.8c).
  • Les exigences morales et pratiques qui dérivent des Dix commandements de Dieu, et en particulier de l’indissolubilité du mariage, ne sont pas de simples normes ou des lois positives de l’Eglise, mais une expression de la sainte volonté de Dieu. Par conséquent, on ne peut parler à cet égard de la primauté de la personne sur la norme ou sur la loi, mais il faut parler plutôt de la primauté de la volonté de Dieu sur la volonté de la personne humaine pécheresse, de telle sorte que cette personne est sauvée, en accomplissant la volonté de Dieu avec le secours de sa grâce.
  • Croire en l'indissolubilité du mariage et le contredire par ses propres actions tout en se considérant en même temps comme étant libre du péché grave, et en calmant sa conscience par la seule confiance en la miséricorde divine, constitue une manière de se leurrer soi-même contre laquelle Tertullien, témoin de la foi et de la pratique de l’Eglise des premiers siècles, mettait en garde : « Mais, disent quelques-uns, il suffit à Dieu qu'on l'honore avec le cœur et l'esprit, même indépendamment des actes : on pèche sans perdre la crainte ni la foi. C’est comme si on cherchait à sauvegarder le principe de la chasteté tout en violant et en détruisant la sainteté et l’intégrité du lien matrimonial » (Tertullien, De poenitentia 5,10).
  • L’observance des commandements de Dieu et en particulier de l’indissolubilité du mariage ne peut pas être présentée comme une expression plus entière d'un idéal vers lequel il faudrait tendre conformément au critère du bien possible ou atteignable. Il s’agit au contraire du cas d’une obligation que Dieu lui-même a ordonnée sans équivoque, et dont la non observance, conformément à sa Parole, entraîne la peine de la damnation éternelle. Dire le contraire aux fidèles semblerait signifier qu'on les trompe ou qu’on les encourage à désobéir à la volonté de Dieu, mettant ainsi en danger leur salut éternel.
  • Dieu donne à chaque homme l’assistance nécessaire à l’observance de ses commandements, dès lors que la demande en est faite correctement, ainsi que l’Eglise l’a infailliblement enseigné : « Car Dieu ne commande pas des choses impossibles (I. Joan. 5, 3.) ; mais en commandant, il avertit, et de faire ce que l'on peut, et de demander ce qu'on ne peut pas faire ; et il aide, afin qu'on le puisse » (Concile de Trente, session 6, chapitre 11). « Si quelqu’un dit que les Commandements de Dieu sont impossibles à garder, même à un homme justifié et dans l'état de la grâce : qu'il soit anathème » (Concile de Trente, session 6, canon 18). Suivant cette doctrine infaillible, saint Jean-Paul II enseignait : « Dans certaines situations, l'observation de la Loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible. C'est là un enseignement constant de la tradition de l'Eglise » (Encyclique Veritatis Splendor, 102). Et : « Tous les époux sont appelés à la sainteté dans le mariage, selon la volonté de Dieu, et cette vocation se réalise dans la mesure où la personne humaine est capable de répondre au précepte divin, animée d'une confiance sereine en la grâce divine et en sa propre volonté » (Exhortation apostolique Familiaris consortio, 34).
  • L’acte sexuel en dehors d’un mariage valide, et en particulier l’adultère, est toujours objectivement un grave péché : aucune circonstance ni aucune raison ne peuvent le rendre acceptable ou agréable à Dieu. Saint Thomas d’Aquin dit que le sixième commandement oblige même dans le cas où un acte d’adultère pourrait sauver un pays de la tyrannie (De Malo, q.15, a.1, ad. 5). Saint Jean-Paul II enseignait cette vérité pérenne de l’Eglise : « Les préceptes moraux négatifs, c'est-à-dire ceux qui interdisent certains actes ou comportements concrets comme intrinsèquement mauvais, n'admettent aucune exception légitime ; ils ne laissent aucun espace moralement acceptable pour “créer” une quelconque détermination contraire. Une fois reconnue dans les faits la qualification morale d'une action interdite par une règle universelle, le seul acte moralement bon consiste à obéir à la loi morale et à éviter l'action qu'elle interdit » (Encyclique Veritatis splendor, 67).
  • L’union adultère de ceux qui sont civilement divorcés et « remariés », « consolidés », comme ils disent, par le temps, et caractérisés par une soi-disant « fidélité éprouvée » au sein même du péché d’adultère, ne peuvent changer la qualité morale de leur acte de violation du lien sacramentel du mariage, c’est-à-dire, de leur adultère, qui demeure toujours un acte intrinsèquement mauvais. Une personne qui a la vraie foi et une crainte filiale de Dieu ne peut jamais être « compréhensive » à l’égard d'actes qui sont intrinsèquement mauvais, comme le sont les actes sexuels en dehors d’un mariage valide, puisque ces actes offensent Dieu.
  • Admettre les divorcés « remariés » à la sainte communion constitue en pratique une dispense explicite par rapport à l’observance du sixième commandement. Aucune autorité ecclésiastique n’a le pouvoir de concéder une telle dispense implicite, et ce dans aucun cas, que ce soit dans une situation exceptionnelle ou complexe, ou encore avec l’objectif de parvenir à une bonne fin (comme par exemple l’éducation des enfants nés d’une union adultère), en invoquant pour justifier une telle concession le principe de la miséricorde, ou la « via caritatis », ou le soin maternel de l’Eglise, ou en affirmant qu'on ne veut pas imposer de nombreuses conditions à la miséricorde. Saint Thomas d’Aquin disait : « On ne doit commettre l'adultère en vue d'aucune utilité » (De Malo, q.15, a.1, ad. 5).
  • Une norme qui permet la violation du sixième commandement de Dieu et du lien sacramentel matrimonial, ne serait-ce que dans un seul cas ou dans des cas exceptionnels, dans le but présumé d’éviter un changement général de la norme canonique, signifie néanmoins toujours une contradiction de la vérité et de la volonté de Dieu. Par conséquent, il est psychologiquement déplacé et théologiquement erroné de parler en ce cas d’une norme restrictive ou d’un moindre mal par opposition à une norme du caractère générale.
  • Le mariage valide du baptisé est un sacrement de l’Eglise qui de par sa nature il a un caractère public. Un jugement subjectif de la conscience par rapport à l’invalidité de son propre mariage, par opposition au jugement définitif correspondant d’un tribunal ecclésiastique, ne peut entraîner de conséquences pour la discipline sacramentelle, puisque la discipline sacramentelle a toujours un caractère public.
  • L’Eglise, et spécifiquement le ministre du sacrement de Pénitence, n’a pas la faculté de juger de l’état de la conscience d’un fidèle ou de la rectitude de l’intention de la conscience, puisque « ecclesia de occultis non iudicat » (Concile de Trente, session 24, chapitre 1). Le ministre du sacrement de Pénitence n’est pas, par conséquent, le vicaire ou le représentant du Saint Esprit, capable d’entrer avec Sa lumière dans les replis les plus intimes de la conscience, puisque Dieu a strictement réservé cet accès à Lui seul : « sacrarium in quo homo solus est cum Deo » (Concile Vatican II, Gaudium et spes, 16). Le confesseur ne peut pas s’arroger la responsabilité, devant Dieu et devant le pénitent, de dispenser implicitement celui-ci de l’observance du sixième commandement et de l’indissolubilité du lien matrimonial, en l’admettant à la réception de la sainte communion. L'Eglise n’a pas la faculté de tirer des conséquences, pour le for externe de la discipline sacramentelle, à partir du fondement d’une conviction présumée de la conscience quant à l’invalidité de son propre mariage, au for interne.
  • La pratique qui permet à ceux qui ont divorcé civilement, et qu’on appelle « remariés » de recevoir les sacrement de la Pénitence et de l’Eucharistie, nonobstant leur intention de continuer de violer à l’avenir le sixième commandement et le lien sacramentel de leur mariage, serait contraire à la vérité divine, et étrangère au sens pérenne de l’Eglise catholique, à la coutume éprouvée, reçue et fidèlement gardée depuis le temps des apôtres et confirmée plus récemment de manière certaine par Saint Jean-Paul II (cf. Exhortation apostolique Familiaris consortio 84) et par le pape Benoît XVI (cf. Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, 29).
  • La pratique en question constituerait, pour toute personne rationnelle et sensée, une rupture évidente par rapport à la pratique pérenne et apostolique de l’Eglise, et ne représenterait donc pas un développement dans la continuité. Face à un tel fait, aucun argument ne saurait être valide : contra factum non valet argumentum. Une telle pratique pastorale serait un contre-témoignage par rapport à l’indissolubilité du mariage, une sorte de collaboration de la part de l’Eglise à la propagation du «fléau du divorce » contre lequel le concile Vatican II avait mis en garde (cf. Gaudium et Spes, 47).
  • L’Eglise enseigne au moyen de ce qu’elle fait, et elle doit faire ce qu’elle enseigne. Par rapport à l’action pastorale en direction de ceux qui se trouvent dans des unions irrégulières, saint Jean-Paul II disait : « L'action pastorale tendra à faire admettre la nécessaire cohérence entre le choix de vie et la foi que l'on professe, et elle s'efforcera de faire tout ce qui est possible pour amener ces personnes à régulariser leur situation selon les principes chrétiens. Tout en faisant preuve à leur égard d'une grande charité et en les amenant à participer à la vie des diverses communautés, les pasteurs de l'Eglise ne pourront malheureusement pas les admettre aux sacrements » (Exhortation apostolique Familiaris consortio, 82).
  • Un accompagnement authentique des personnes qui se trouvent dans un état objectif de péché grave, et qui sont engagés sur chemin de discernement pastoral correspondant, ne peut manquer d'annoncer à ces personnes, en toute charité, la vérité complète de Dieu, de telle sorte qu’elles se repentent de tout cœur de leurs actions peccamineuses commises en vivant more uxorio avec une personne qui n'est pas leur époux légitime. Dans le même temps, un accompagnement authentique et un discernement pastoral doit les encourager, avec le secours de la grâce divine, à ne pas commettre de tels actes à l’avenir. Les apôtres et toute l’Eglise, au long de deux millénaires, ont toujours annoncé à l’humanité la vérité complète concernant le sixième commandement et l’indissolubilité du mariage, suivant l'avertissement de l’apôtre saint Paul : « Car je n’ai rien négligé pour vous annoncer tout le dessein de Dieu (Actes 20, 27).
  • La pratique pastorale de l’Eglise par rapport au mariage et au sacrement de l'Eucharistie a une telle importance et des conséquences si décisives pour la foi et pour la vie des fidèles que l’Eglise, pour rester fidèle à la parole révélée de Dieu, doit éviter en cette matière la moindre ombre du doute ou de la confusion. Saint Jean-Paul II a ainsi formulé cette vérité pérenne de l’Eglise : « Par ce rappel de la doctrine et de la loi de l'Eglise, je désire convaincre tous les esprits du vif sentiment de responsabilité qui doit nous guider lorsque nous traitons les choses sacrées dont nous ne sommes pas propriétaires, comme les sacrements, ou qui ont le droit de ne pas être laissées dans l'incertitude et dans la confusion, comme les consciences. Oui, je le répète, les sacrements et les consciences sont les uns et les autres des choses sacrées qui exigent de notre part d'être servies dans la vérité » (Exhortation apostolique Reconciliatio et Paenitentia, 33).
Malgré des déclarations répétées concernant l’immuabilité de l’enseignement de l’Eglise à propos du divorce, certaines Eglises particulières l’acceptent aujourd’hui dans leur pratique sacramentelle, et le phénomène s’étend. Seule la voix du pasteur suprême de l’Eglise peut de manière définitive empêcher une situation où, à l’avenir, l’Eglise de notre temps serait décrite à l’aide de l’expression suivante : « Tout le monde gémissait et voyait avec étonnement qu’elle a dans la pratique accepté le divorce » (ingenuit totus orbis et divortium in praxi se accepisse miratus est), en évoquant une phrase analogue par laquelle saint Jérôme décrivit la crise arienne.
Vu ce danger très réel et le fléau si étendu du divorce à l’intérieur de la vie de l’Eglise, divorce qui est implicitement légitimé par les normes et applications mentionnées ci-dessus de l’Exhortation apostolique Amoris lætitia ; vu que lesdites normes et directives de certaines Eglises particulières sont aujourd’hui dans le domaine public du fait de la culture globale actuelle ; vu, en outre, l’inefficacité de nombreux appels faits de manière privée et discrète au Pape François par divers fidèles et Pasteurs de l’Église, nous sommes contraints de lancer cet appel à la prière. En tant que successeurs des apôtres, nous sommes également mus par l’obligation d’élever nos voix lorsque les choses les plus sacrées de l’Eglise relatives au salut des âmes est en question.
Que ces paroles avec lesquelles saint Jean-Paul II a décrit les attaques injustes contre la fidélité du magistère de l'Eglise soit une lumière pour tous les pasteurs de l’Eglise en ces temps difficiles, et les encourage à agir d’une manière toujours plus unie : « On reproche souvent au Magistère de l'Eglise d'être maintenant dépassé et fermé aux requêtes de l'esprit des temps modernes, de mener une action nocive pour l'humanité et, plus encore, pour l'Eglise elle-même. En s'obstinant à rester sur ses positions – dit-on –, l'Eglise finira par perdre de sa popularité et les croyants s'éloigneront d'elle » (Lettre aux familles, Gratissimam sane, 12).
Considérant que l’admission des divorcés qu'on dit « remariés » aux sacrements de la pénitence et de l’eucharistie sans exiger d’eux l’obligation de vivre dans la continence, constitue un danger pour la foi et pour le salut des âmes, et constitue en outre une offense à la sainte volonté de Dieu ; en outre, prenant en considération le fait que cette pratique pastorale ne peut jamais être l'expression de la miséricorde, de la « via caritatis » ou du sens maternel de l’église à l’égard des âmes pécheresses, nous lançons avec une sollicitude pastorale profonde cet appel urgent à la prière afin que Pape François révoque, clairement et sans équivoque, les directives pastorales mentionnées, déjà adoptées par certaines Eglises particulières. Un tel acte de la part du Chef visible de l’Eglise serait un réconfort pour les pasteurs et pour les fidèles de l’Eglise, selon le mandat que le Christ, le pasteur suprême des âmes, à donner à l’apôtre Pierre, et à travers lui à tous ses successeurs : « Affermis tes frères ! » (Luc 22, 32).
Que ces paroles d’un saint pape et de sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Eglise, soient pour tous dans l’Eglise d’aujourd’hui une lumière et un raffermissement :
« C'est approuver l'erreur que de ne pas y résister; c'est étouffer la vérité que de ne pas la défendre » (saint Felix III, pape, + 492). « Saint Père, Dieu vous a choisi dans l’Eglise, afin que vous soyez un instrument pour l’éradication de l’hérésie, confusion du mensonge, l’exaltation de la Vérité, la dissipation des ténèbres et la manifestation de la lumière » (sainte Catherine de Sienne, + 1380).

Quand le pape Honoré I (625 - 638) adopta une attitude ambiguë face à la diffusion de la nouvelle hérésie du monothélisme, Saint Sophrone, Patriarche de Jérusalem, a envoyé un évêque de la Palestine à Rome en prononçant ces paroles : Rends-toi au Siège Apostolique, lá où se trouvent les fondements de la sainte doctrine, et ne cesse pas de prier jusqu´à ce que le Siège Apostolique condamne la nouvelle hérésie “. La condamnation a alors eu lieu en 649 par le saint pape et martyr Martin I. 
Nous avons fait cet appel urgent à la prière, conscients que notre manque à le faire aurait constitué une grave omission. Le Christ, qui est la Vérité et le Pasteur suprême, nous jugera lorsqu’Il apparaîtra. Nous lui demandons, avec humilité et confiance, de récompenser tous les pasteurs et toutes les brebis avec la couronne de gloire impérissable (cf. 1 Pi 5, 4).
Dans un esprit de foi et dans une filiale et dévouée affection, nous élevons nos prières pour le Pape François :
« Oremus pro Pontifice nostro Francisco: Dominus conservet eum, et vivificet eum, et beatum faciat eum in terra, et non tradat eum in animam inimicorum eius. Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam Meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam. »
Nous recommandons concrètement de réciter chaque jour cette ancienne prière de l’Eglise, ou une partie du saint Rosaire dans cette intention : pour que le Pape François révoque d'une manière claire et non ambiguë les directives pastorales qui permettent aux divorcés dits « remariés » de recevoir les sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie sans être obligés de vivre dans la continence. 

18 janvier 2017, anciennement fête de la Chaire de saint Pierre à Rome

+ Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l’archidiocèse de Sainte Marie à Astana
+ Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque émérite de Karaganda
+ Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte Marie à Astana

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14 janvier, 2017

“Amoris laetitia“ : les évêques de Malte autorisent les divorcés remariés à accéder à la communion

Double scandale : les évêquesde Malte ont publié un document détaillant leurs Critères d’application du chapitre VIII d’“Amoris laetitia” ouvrant la porte à a communion des divorcés « remariés » dont le premier mariage n’a pas été déclaré nul, et ils ont reçu l’approbation implicite du Vatican par le biais de la publication de leur texte, sans réserves, par l’Osservatore Romano.
Dans les cas où il serait « humainement impossible » aux divorcés remariés de suivre l’enseignement de l’Eglise exigeant qu’ils vivent dans la continence, « comme frère et sœur », lorsqu’ils ne peuvent se séparer, il leur serait possible d’accéder à la communion s’ils se sentent « en paix avec Dieu ».
Cette directive pousse au bout le raisonnement du « for interne », qui donne un rôle primordial à la conscience personnelle des fidèles, primant sur les règles « externes » qui posent le principe du refus de la communion aux personnes vivant publiquement dans une nouvelle union malgré un premier mariage qu’aucun jugement de l’Eglise n’a déclaré nul : règle claire et qui vaut pour tous.
Les textes ambigus et les notes de pied-de-page d’Amoris laetitia ouvrent une porte à ceux qui pensent subjectivement que leur premier mariage était nul sans avoir pu obtenir un jugement en ce sens, ou qu’ils « pécheraient » en abandonnant leur nouvelle union.
Les directives des évêques de Malte ne contredisent pas le texte du pape François, elles se contentent de les développer en toute logique et de manière plus explicite :
« Si, à l’issue du processus de discernement entrepris dans des conditions d’“humilité, de discrétion, d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et avec le désir de parvenir à y répondre de façon plus parfaite” (AL 300) une personne séparée ou divorcée qui vit désormais au sein d’une nouvelle relation réussit, à l’aide d’une conscience informée et éclairée, à reconnaître et à croire qu’elle est en paix avec Dieu, elle ne peut être empêchée de participer aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie (voir AL, notes 336 et 351).
Cette directive est immédiatement précédée dans les directives des évêques de Malte et de Gozo d’une considération sur la continence par laquelle des personnes engagées dans une nouvelle union reconnaissent la réalité et l’indissolubilité du lien matrimonial véritable, en écartant le principe de son exigence systématique.
Pour ce qui est de la continence conjugale – l’abstention de relations de ceux vivat dans une union maritale civile ou irrégulière sur un autre plan – les évêques affirment en effet que certains couples peuvent la mettre en pratique avec la grâce de Dieu « sans mettre en péril d’autres aspects de leur vie commune ». Mais, affirment-ils, « il y a des situations complexes où le choix de vivre “comme frère et sœur” apparaît comme humainement impossible ou comporte un plus grand dommage (cf Amoris laetitia, note 329) ». Autrement dit, des cas où la loi de l’Eglise est trop lourde, où le joug du Christ est insupportable, où l’homme serait – quasi par la faute de Dieu – tenté au-delà de ces forces…
Ils ajoutent que ces personnes à qui la communion ne peut pas être refusée dans ces conditions doivent pouvoir être parrains ou marraines et participer à la vie « liturgique, pastorale, éducative et institutionnelle de l’Eglise ».
Ce texte des évêques de Malte : il laisse à la discrétion des personnes divorcées « remariées » le dernier mot sur leur sentiment d’être « en paix avec Dieu », c’est-à-dire in fine sur le fait d’être ou non en état de grâce. Si la question relève en effet de la conscience – le chrétien est censé « s’examiner » à ce propos, notamment avant d’approcher de la sainte table – est ainsi écartée l’objectivité des règles d’accès à la communion, qui existent pour le bien de tous.
S’ajoute à cette subjectivité la mise en place de ce qui ressemble fort à un « droit », puisque, ayant été amenées à « reconnaître » (mais par qui ?, comme si elles ne l’imaginaient pas avant…) qu’elles sont « en paix avec Dieu », on ne saurait les « empêcher » d’obtenir l’absolution et la communion.
Le canoniste américain Edward Peters, peu habitué de l’hyperbole, qualifie le texte des évêques de Malte de« désastreux », allant plus loin encore que celui des évêques argentins en affirmant que les prêtres ne peuvent refuser des demandes de catholiques qui s’estiment « en paix avec Dieu ». « A mon sens les évêques maltais ont effectivement invité les catholiques qui leur ont été confiés – aussi bien les fidèles que le clergé – à commettre nombre d’actes objectivement et gravement mauvais. »
Il note que de telles directives rendent caducs les canons relatifs à la décision d’un ministre d’administrer un sacrement en faisant primer l’avis de la personne qui veut le recevoir. « Le canon 916 est ainsi éviscérée, le canon 915 est effectivement répudié. »
Ed Peters observe que les évêques semblent ignorer le sens du mot « conjugal », puisqu’ils parlent des « vertus conjugales » exercées par des personnes non mariées qui pourraient décider de se livrer à la pratique « d’actes « conjugaux ». « C’est un non-sens, et venant de la part d’évêques, c’est même un non-sens inexcusable. Les gens non mariés peuvent avoir des relations sexuelles, évidemment, mais l’intégrité de la pastorale catholique ne permet pas de considérer de tels actes au même plan que ceux, physiquement identiques, qui sont réellement conjugaux, entre personnes mariées. »
Fondamentalement, observe-t-il, cela consiste à obliger les prêtres à accorder des absolutions sacrilèges à des personnes refusant de se repentir de leur « adultère public et permanent ».
Tous ces faits rendent plus urgente la réponse du pape aux cinq Dubia soulevées par les quatre cardinaux Burke, Brandmüller, Caffarra et Meisner. A moins que la publication intégrale du texte des évêques de Malte ne fasse partie de la réponse « déjà donnée » par le pape François qui régulièrement, continue de condamner le rigorisme des docteurs de la loi et qui n’agit pas contre des interprétations évidemment hétérodoxes d’Amoris laetitia.
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Il est vrai que les dits évêques ouvrent leurs directives en annonçant que, « comme l’étoile des Mages (…) Amoris laetitia illumine nos familles sur leur chemin vers Jésus et à sa suite ». Rien moins.

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08 décembre, 2016

23 chercheurs et pasteurs d'âmes soutiennent les “Dubia” des Quatre cardinaux

Vingt-trois personnalités catholiques, des universitaires, des prêtres ayant charge d'âmes ont publié ce 8 décembre, en la fête de l'Immaculée, une lettre de soutien aux « Quatre cardinaux » qui ont exposé au pape François leurs « Dubia » sur l'Exhortation apostolique Amoris laetitia. Parue dans un premier temps en italien sur le blog de Sandro Magister, la lettre a été originellement écrite en anglais, et que l'on trouve sur OnePeterFive. Avec l'aimable autorisation de l'abbé Claude Barthe, l'un des vingt-trois signataires, je vous en propose ici ma traduction vers le français. – J.S.

ADDENDUM du 11 décembre 2016 : on apprend que les signataires n'étaient pas 23 mais 26, leurs noms figurent désormais en bas de la liste donnée ci-dessous. Parmi eux, un deuxième Français rejoint l'abbé Claude Barthe : Cyrille Dounot, professeur à l'université d'Auvergne, avocat ecclésiastique à l'officialité de Lyon.

Déclaration de soutien aux Dubia des quatre cardinaux


En tant que chercheurs catholiques et pasteurs des âmes, nous désirons exprimer notre profonde gratitude et notre entier soutien à l’égard de l'initiative courageuse de quatre membres du collège des cardinaux, Leurs Eminences Walter Brandmüller, Raymond Leo Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner. Une grande publicité a été donnée au fait que ces cardinaux ont formellement soumis cinq dubia au pape François, lui demandant de clarifier cinq points fondamentaux de doctrine catholique et de discipline sacramentelle, dont le traitement par le chapitre huit de la récente Exhortation apostolique Amoris laetitia (AL) semble être en conflit avec l’Ecriture et (ou) la Tradition et l'enseignement de documents pontificaux antérieurs – notamment l’encyclique Veritatis Splendor de saint Jean-Paul II et son exhortation apostolique Familaris Consortio. Le pape François a omis pour l’heure de répondre aux quatre cardinaux ; mais dans la mesure où ils lui demandent en fait si les importants documents du magistère évoqués plus haut requièrent toujours notre entier assentiment, nous pensons que le silence persistant du Saint-Père peut l’exposer à l’accusation de négligence dans l’exercice du devoir pétrinien de confirmer ses frères dans la foi.

Quelques prélats de premier plan ont vivement critiqué la requête des quatre cardinaux, sans apporter un quelconque éclaircissement sur leurs questions pertinentes et pénétrantes. Nous avons lu des tentatives d’interprétation de l’Exhortation apostolique dans le cadre d’une « herméneutique de la continuité » par le cardinal Christoph Schönborn et par le professeur Rocco Buttiglione, mais nous constatons qu’ils échouent à démontrer leur affirmation centrale selon laquelle les éléments nouveaux présents dans AL ne comprometteraient pas la loi divine, mais se contenteraient d’envisager des changements légitimes de la pratique pastorale et de la discipline ecclésiastique.

En effet, nombre de commentateurs, au premier plan desquels le professeur Claudio Pierantoni dans le cadre d’une nouvelle étude historique ou théologique de grande envergure, ont avancé l'argument selon lequel, comme conséquence de la confusion et de la désunion très répandues à la suite de la promulgation d’AL, l’Eglise universelle entre désormais dans un moment gravement critique de son histoire, qui montre des similitudes alarmantes avec la grande crise arienne du IVe siècle. Au cours de ce conflit catastrophique, la grande majorité des évêques, y compris le successeur de Pierre lui-même, ont vacillé à propos de la divinité du Christ, rien moins. Beaucoup d’entre eux n’ont pas pleinement sombré dans l’hérésie ; cependant, désarmés par la confusion ou affaiblie par la timidité, ils ont cherché les formules commodes de compromis dans l’intérêt de la « paix » et de l’« union ».

Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une crise métastasante du même ordre, cette fois à propos des aspects fondamentaux de la vie chrétienne. On continue d’affirmer, pour la forme, l’indissolubilité du mariage, le caractère gravement et objectivement peccamineux de la fornication, de l’adultère et de la sodomie, le caractère sacré de la Sainte Eucharistie, et la terrible réalité du péché mortel. Mais en pratique, un nombre croissant de prélats et de théologiens hauts placés sont en train de saper ces dogmes ou les nient effectivement – tout comme l’existence elle-même d’interdictions négatives sans exception dans la loi divine gouvernant la conduite sexuelle – au moyen de leur insistance exagérée ou unilatérale sur « la miséricorde », « l’accompagnement pastoral » et les « circonstances atténuantes ».

Alors que le pontife régnant sonne de manière très incertaine de la trompette dans cette bataille contre les « principautés et les puissances » de l’ennemi, la barque de Pierre dérive dangereusement, comme une barque sans gouvernail, et qui de fait, montre les symptômes d’un début de désintégration. Dans une telle situation, nous croyons que tous les successeurs des apôtres ont un devoir grave et pressant de donner de la voix, clairement et fermement, pour confirmer les enseignements moraux clairement exposés dans les enseignements magistériels des papes antérieurs, et du Concile de Trente. Plusieurs évêques et un autre cardinal ont déjà déclaré qu’ils trouvent les cinq dubia pertinents et opportuns.
Nous espérons ardemment, et prions pour cela avec ferveur, que beaucoup d’autres parmi eux approuveront publiquement non seulement la respectueuse requête des quatre cardinaux, de voir le successeur de Pierre confirmer ses frères dans ces cinq éléments de la foi « qui a été une fois pour toutes transmise aux saints » (Jude 3), mais aussi la recommandation du cardinal Burke appelant les cardinaux, si le Saint-Père manque à le faire, à s’approcher de celui-ci collectivement pour lui adresser quelque manière de correction fraternelle, dans l’esprit de l’admonition de Paul à son frère apôtre Pierre à Antioche (cf. Gal. 2:11).

Nous confions ce grave problème à la sollicitude et à l’intercession céleste de Marie immaculée, Mère de l’Eglise et Victorieuse de toutes les hérésies.
Le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception

(Signé par :)

Mgr Ignacio Barreiro Carambula, STD, JD
Chapelain et Membre de la Faculté du Forum romain

M. l’abbé Claude Barthe,
France   

Dr. Robert Beddard, MA (Oxon et Cantab), D.Phil (Oxon)
Fellow emeritus et ancien Vice Provost d’Oriel College Oxford.

Carlos A. Casanova Guerra
Docteur en Philosophie, Full Professor, 
Universidad Santo Tomás, Santiago de Chile

Salvatore J. Ciresi MA
Notre Dame Graduate School,  Christendom College
Directeur de la St. Jerome Biblical Guild   


Luke Gormally, PhL
Directeur émerite, The Linacre Centre for Healthcare Ethics (1981-2000)
Sometime Research Professor, Ave Maria School of Law, Ann Arbor, Michigan (2001-2007)
Member ordinaire de l’Académie pontificale pour la vie

Rev. Brian W. Harrison OS, MA, STD
Professor associé de théologie (à la retraite), Université catholique pontificale de Puerto Rico ; Scholar-in-Residence, Oblates of Wisdom Study Center, St. Louis, Missouri

Rev. John Hunwicke, MA (Oxon.)
Former Senior Research Fellow, Pusey House, Oxford; Prêtre de l’ Ordinariat d’Our Lady of Walsingham; Membre du Forum romain

Peter A. Kwasniewski PhD (Philosophy) 
Professeur, Wyoming Catholic College

Rev. Dr. Dr Stephen Morgan
Academies Conversion Project Leader & Oeconomus
Diocèse de Portsmouth

Don Alfredo Morselli STL
Prêtre de paroisse de l’Archdiocèse de Bologne

Rev. Richard A. Munkelt PhD (Philosophy)
Chapelain et membre de la faculté, Forum romain

Rev. John Osman MA, STL
Prêtre de paroisse de l’archdiocèse de Birmingham, 
Ancien chapelain catholique de l’Université de Cambridge

Dr Paolo Pasqualucci
Professeur de philosophie (à la retraite), 
Université de Perugia

Dr Claudio Pierantoni
Professeur de philosophie médiévale à la faculté de philosophie de  l’Université du Chili
Ancien professeur d’Histoire de l’Eglise et de Patrologie à la faculté de théologie de la Pontificia Universidad Católica de Chile
Membre de l’Association internationale des études patristiques

Dr John C. Rao D.Phil (Oxon.) 
Professeur associé d’histoire, St. John's University (NYC)
Président, Forum romain

Dr Nicholas Richardson. MA, DPhil (Oxon.)
Fellow emeritus et Sub-Warden de Merton College, Oxford
Ancien Warden of Greyfriars, Oxford.

Dr Joseph Shaw MA, DPhil (Oxon.)
Senior Research Fellow et Tuteur en philosophy à St Benet's Hall, 
Oxford University

Dr Anna M. Silvas FAHA, 
Research fellow adjointe, University of New England, 
Armidale, NSW, Australia.

Michael G. Sirilla PhD
Director of Graduate Theology, 
Franciscan University of Steubenville, Ohio

Professeur Dr Thomas Stark
Phil.-Theol. Hochschule Benedikt XVI, Heiligenkreuz

Rev.  Glen Tattersall
Prêtre de paroisse, paroisse du bienheureux John Henry Newman, Archidiocèse de Melbourne
Recteur, église de St Aloysius, Melbourne

Rev. Dr David Watt STL, PhD (Cantab.)
Prêtre de l’archidiocèse de Perth
Chapelain, chapelle Sainte-Philomène, Malaga

ADDENDUM

Cyrille Dounot,
professeur à l’Université d’Auvergne
Avocat ecclésiastique à l’officialité de Lyon

Rev. Peter M. J. Stravinskas, PhD, STD
Publisher, Newman House Press
Editor & Publisher, “The Catholic Response”

Rev. Nicholas L. Gregoris, STD
General Manager, “The Catholic Response”




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07 décembre, 2016

La conférence de Mgr Schneider à Rome : texte intégral

Avec l'aimable autorisation de la Fondazione Lepanto, je publie sans tarder le texte de la conférence de Mgr Schneider évoquée dans mon message précédent. Conférence prononcée en présence de nombreux clercs, religieux, laïcs soucieux du bien de l'Eglise, et surtout de deux des « Quatre Cardinaux » qui ont demandé au pape François de répondre à cinq « Dubia » sur l'Exhortation Amoris laetitia : le cardinal Raymond Burke et le cardinal Walter Brandmüller.

La conférence de Mgr Schneider a suscité leurs applaudissements et les remerciements chaleureux du cardinal Raymond Burke qui a prononcé quelques mots à la fin de la rencontre.

Texte de la conférence de Mgr Athanasius Schneider
le 5 décembre 2016 - Rome, Fondazione Lepanto 

La grandeur non négociable du mariage chrétien


Quand Notre-Seigneur Jésus-Christ a prêché les vérités éternelles il y a deux mille ans, la culture et l’esprit qui régnaient à cette époque leur étaient radicalement opposés. Concrètement, il s'agissait du syncrétisme religieux, du gnosticisme des élites intellectuelles et de la permissivité morale, particulièrement en ce qui concerne l’institution du mariage. « Il était dans le monde, mais le monde ne l’a point connu » (Jean I, 10). Une grande partie du peuple d’Israël, en particulier les grands prêtres, les scribes et les pharisiens, rejetèrent le magistère de la Révélation divine du Christ et jusqu’à la proclamation de l’indissolubilité absolue du mariage : « Il est venu parmi les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu » (Jean I, 11). Toute la mission du Fils de Dieu sur terre consistait à révéler la vérité : « C’est pourquoi je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18, 37).

Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort sur la Croix pour sauver les hommes du péché, s’offrant lui-même en parfait et agréable sacrifice de louange et d’expiation à Dieu le Père. La mort rédemptrice du Christ constitue également le témoignage qu’Il donnait de chacune de ses paroles. Le Christ était prêt à mourir pour la vérité de chacune de ses paroles : « Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j'ai entendue de Dieu. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge. Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?… » (Jean 8, 40-46). Jésus était prêt à mourir pour la vérité, pour toutes les vérités qu’Il avait annoncées, y compris la vérité de l’indissolubilité absolue du mariage.

Jésus-Christ est le restaurateur de l’indissolubilité et de la sainteté originelle du mariage non seulement par sa parole divine, mais de façon plus radicale par sa mort rédemptrice, par laquelle Il a élevé la dignité créée et naturelle du mariage à la dignité de sacrement. « Le Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier. […] Car jamais personne n'a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l'Eglise, parce que nous sommes membres de son corps. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l'Eglise ! » (Eph. 5, 25.29-32). C’est pour ce motif que les paroles suivantes de la prière de l’Eglise s’appliquent aussi au mariage : « Dieu qui d’une manière admirable avez créé la dignité de la nature humaine et l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore. »

Les apôtres et leurs successeurs, en premier lieu les pontifes romains, successeurs de Pierre, ont saintement gardé et fidèlement transmis la doctrine non négociable du Verbe Incarné sur la sainteté et l’indissolubilité du mariage, et aussi bien dans la pratique pastorale. Cette doctrine du Christ est exprimée dans les affirmations suivantes des apôtres : « Que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure, car Dieu jugera les impudiques et les adultères. » (Hébreux 13, 4) et « A ceux qui sont mariés, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare point de son mari ; si elle est séparée, qu'elle demeure sans se marier ou qu'elle se réconcilie avec son mari, et que le mari ne répudie point sa femme » (1 Cor. 7, 10-11). Ces paroles inspirées par le Saint-Esprit furent toujours proclamées dans l’Eglise durant deux mille ans, servant d’indication qui oblige, et de norme indispensable pour la discipline sacramentelle et la vie pratique des fidèles.

Le commandement de ne pas se remarier après s’être séparé de son conjoint légitime, n’est pas une règle positive ou canonique de l’Eglise, mais parole de Dieu, comme l’enseignait l’apôtre saint Paul : « J'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur » (1 Cor. 7, 10). L’Eglise a proclamé ces paroles de façon ininterrompue, interdisant aux fidèles validement mariés de contracter un mariage avec un nouveau partenaire. Par conséquent, l’Eglise, selon la logique Divine et humaine, n’a pas la compétence d’approuver ne serait-ce qu’implicitement une cohabitation more uxorio en dehors d’un mariage valide, en admettant ces personnes adultères à la sainte communion. Une autorité ecclésiastique qui promulgue des règles ou orientations pastorales prévoyant une telle admission, s’arroge un droit que Dieu ne lui a pas donné. Un accompagnement et un discernement pastoral qui ne proposent pas aux personnes adultères (ceux que l’on appelle les divorcés remariés) l’obligation divinement établie de vivre dans la continence comme condition sine qua non pour être admis aux sacrements, se révèlent en réalité un cléricalisme arrogant, puisqu’il n’y a pas de cléricalisme plus pharisien que celui qui s’arroge des droits divins.

L’un des témoins les plus anciens et sans équivoque de l’immuable pratique de l’Eglise romaine de ne pas accepter par la discipline sacramentelle la cohabitation adultère des fidèles encore liés à leur conjoint légitime par le lien matrimonial, est l’auteur d’une catéchèse connue sous le titre Le pasteur d’Hermas. Cette catéchèse a été écrite très probablement par un prêtre romain au début du deuxième siècle sous la forme littéraire d’un apocalypse ou récit de visions. Le dialogue suivant entre Hermas et l’ange de la pénitence, qui lui apparaît sous la forme d’un pasteur, démontre avec une admirable clarté l’immuable doctrine et pratique de l’Eglise catholique en cette matière :

« Que fera donc le mari, Seigneur, dis-je, si la femme persiste dans cette passion de l'adultère ? - Qu'il la renvoie, dit-il, et qu'il reste seul. Mais si, après avoir renvoyé sa femme, il en épouse une autre, lui aussi alors, commet l'adultère (Mc 10,11 Mt 5,32 Mt 19,9; cf. 1Co 7,11). - Et si, Seigneur, dis-je, après avoir été renvoyée, la femme se repent et veut revenir à son mari, ne faudra-t-il pas l'accueillir ? - Certes, dit-il. Si le mari ne l'accueille pas, il pèche, il se charge d'un lourd péché, car il faut accueillir celui qui a péché et qui se repent […] C'est en vue du repentir que l'homme ne doit pas se remarier. Cette attitude vaut d'ailleurs aussi bien pour la femme que pour l'homme. L'adultère, dit-il, ne consiste pas uniquement à souiller sa chair : celui-là aussi commet l'adultère, qui vit comme les païens. […] Si on vous a enjoint de ne pas vous remarier, homme ou femme, c'est parce que, dans de tels cas, la pénitence est possible. Donc, mon intention n'est pas de faciliter l'accomplissement de tels péchés, mais d'empêcher que le pécheur retombe. » (Herm. Mand., IV, 1, 6-11).

Nous savons que le premier grand péché du clergé fut celui du grand prêtre Aaron, quand il céda aux demandes effrontées des pécheurs et leur permit de vénérer l’idole du Veau d’or (cf. Ex. 32, 4), remplaçant dans ce cas concret le Premier Commandement du Décalogue de Dieu, c’est-à-dire en remplaçant la volonté et la parole de Dieu par la volonté pécheresse de l’homme. Aaron justifiait son acte de cléricalisme exacerbé par le recours à la miséricorde et à la compréhension des exigences des hommes. La Sainte Ecriture dit à ce propos : « Moïse vit que le peuple était livré au désordre, parce qu'Aaron l'avait laissé dans ce désordre, l’exposant à devenir la risée de ses ennemis. » (Ex. 32, 25).

Ce premier péché clérical se renouvelle aujourd’hui en substance dans la vie de l’Eglise. Aaron avait donné la licence de pécher contre le premier commandement du Décalogue divin et de pouvoir demeurer sereins et joyeux dans ce péché, si bien que les gens dansaient. Il s’agissait dans ce cas d’une joie dans l’idolâtrie, laetitia idolatriae : « Le peuple s'assit pour manger et pour boire; puis ils se levèrent pour se divertir. » (Ex. 32, 6). Au temps d’Aaron, il s’agissait du premier commandement. De nos jours, plusieurs membres du clergé, même parmi les plus hauts placés, remplacent le sixième commandement par la nouvelle idole de la pratique sexuelle entre des personnes qui ne sont pas validement mariées, c'est en un certain sens le Veau d’or vénéré aujourd’hui par des membres du clergé. L’admission de ces personnes aux sacrements sans leur demander de vivre dans la continence comme condition sine qua non, revient au fond à permettre de ne pas observer le sixième commandement. Et ces ecclésiastiques, comme autant de nouveaux « Aaron », tranquillisent ces personnes, leur disant qu’elles peuvent être sereines et joyeuses, c’est-à-dire continuer dans la joie de l’adultère, laetitia adulterii, en raison d’une nouvelle « via caritatis » et d'un prétendu sens « maternel » de l’Eglise, et qu’ils peuvent même recevoir l’Eucharistie. Par une telle orientation pastorale, les nouveaux « Aaron » du clergé font du peuple catholique la risée de ses ennemis, soit du monde non croyant et sans morale, qui pourra vraiment dire, par exemple :

•   Dans l’Eglise catholique, on peut avoir un nouveau partenaire à côté de son conjoint, et la cohabitation avec lui est admise dans la pratique. 
•   Dans l’Eglise catholique, une certaine polygamie est donc acceptée. 
•   Dans l’Eglise catholique, l’observance du sixième commandement du Décalogue, que hait tant notre société moderne, écologique et éclairée, peut admettre de légitimes exceptions. 
•    Le principe du progrès moral de l’homme moderne, selon lequel on doit accepter la légitimité des actes sexuels hors mariage, est finalement reconnu et accepté de façon implicite par l’Eglise catholique, qui a toujours été rétrograde, rigide et ennemie de la joie de l’amour et du progrès moral de l’homme moderne.

C’est en ces termes que commencent déjà à parler les ennemis du Christ et de la vérité divine, qui sont les véritables ennemis de l’Eglise. Par le nouveau cléricalisme aaronite, l’admission des adultères pratiquants et impénitents aux sacrements, rend les fils de l’Eglise catholique la risée de leurs ennemis.

Le fait que le saint qui donna le premier sa vie en témoin du Christ fut saint Jean-Baptiste, le précurseur du Seigneur, demeure toujours une grande leçon et un sérieux avertissement aux pasteurs et aux fidèles de l’Eglise. Son témoignage pour le Christ consista à défendre l’indissolubilité du mariage et à condamner l’adultère, sans l’ombre d’un doute ni d’une ambiguïté. L’histoire de l’Eglise catholique a l’honneur de compter de lumineuses figures qui ont suivi l’exemple de saint Jean-Baptiste ou ont donné comme lui le témoignage de leur sang, souffrant persécutions et préjudices personnels. Ces exemples doivent guider particulièrement les pasteurs de l’Eglise aujourd’hui, afin qu’ils ne cèdent pas à la tentation cléricale caractéristique de vouloir plaire davantage aux hommes qu’à la sainte et exigeante volonté de Dieu, volonté à la fois aimante et infiniment sage.

Dans la foule nombreuse de tant d’imitateurs de saint Jean-Baptiste, martyrs et confesseurs de l’indissolubilité du mariage, nous ne pouvons en rappeler que quelques-uns des plus significatifs.

Le premier grand témoin fut le pape Saint Nicolas Ier, dit le Grand. Il s’agit du conflit au IXe siècle entre le pape Nicolas Ier et Lothaire II, roi de Lotharingie. Lothaire, d’abord uni, mais non marié, avec une aristocrate du nom de Waldrade, puis uni par le mariage à la noble Theutberge pour des intérêts politiques, puis de nouveau séparé de celle-ci et marié à sa précédente compagne, voulut à tout prix que le pape reconnût la validité de son second mariage. Mais bien que Lothaire juisse de l’appui des évêques de sa région et du soutien de l’empereur Louis, qui vint envahir Rome avec son armée, le pape Nicolas Ier ne se plia pas à ses demandes et ne reconnut jamais son second mariage comme légitime.

Lothaire II, roi de Lorraine, après avoir répudié et enfermé son épouse dans un monastère, cohabitait avec une certaine Waldrade et recourant à des calomnies, menaces, tortures, demandait le divorce aux évêques locaux pour pouvoir l’épouser. Les évêques de Lorraine, au concile d’Aix-la-Chapelle en 862, cédant aux ruses du Roi, acceptèrent la confession d’infidélité de Teutberge, sans prendre en compte qu’elle lui avait été extorquée par la violence. Lothaire II épousa donc Waldrade, qui devint reine. Il y eut ensuite un appel de la reine déposée au pape, qui intervint contre les évêques complaisants, suscitant désobéissances, excommunications, et rétorsions de la part de deux d’entre eux qui se tournèrent vers l’empereur Louis II, frère de Lothaire. L’empereur Louis décida d’agir par la force et au début de l’année 864, vint à Rome avec les armes, envahissant la cité léonine avec ses soldats, dispersant même les processions religieuses. Le pape Nicolas dut quitter le Latran et se réfugier à Saint-Pierre et se dit prêt à mourir plutôt que de permettre de mener une vie more uxorio en dehors d’un mariage valide. Finalement l’empereur céda à la constance héroïque du pape et accepta ses décrets, obligeant aussi les deux archevêques rebelles Gontier de Cologne et Thietgaud de Trèves à accepter la sentence pontificale.

Le cardinal Walter Brandmüller examine en ces termes ce cas emblématique de l’histoire de l’Eglise :
« Dans le cas examiné, cela signifie que du dogme de l’unité, de la sacramentalité et de l’indissolubilité, enracinés dans le mariage entre deux baptisés, il n’y a pas de route qui permette de faire marche arrière, sinon celle – inévitable et pour cela à rejeter – de retenir que ce sont des erreurs dont il faut s’amender. L’attitude de Nicolas Ier, dans la discussion sur le nouveau mariage de Lothaire II, aussi conscient des principes qu’inflexible et intrépide, constitue une étape importante sur le chemin de l’affirmation de l’enseignement sur le mariage dans le milieu culturel germanique. Le fait que le pape, comme également ses divers successeurs en des circonstances analogues, se soit montré avocat de la dignité de la personne et de la liberté des faibles – c’était pour la plupart des femmes – a fait mériter à Nicolas Ier le respect de l’historiographie, la couronne de la sainteté et le titre de Magnus. »

Un autre exemple lumineux de confesseurs et martyrs de l’indissolubilité du mariage nous est offert par trois personnages historiques impliqués dans l’affaire du divorce d’Henri VIII, roi d’Angleterre. Il s’agit du cardinal saint Jean Fisher, de saint Thomas More et du cardinal Réginald Pole.

Quand on apprit pour la première fois qu’Henri VIII était en train de chercher des moyens pour divorcer de sa légitime épouse Catherine d’Aragon, l’évêque de Rochester, Jean Fisher, s’opposa publiquement à de telles tentatives. Saint Jean Fisher est l’auteur de sept publications où il condamne le divorce imminent d’Henri VIII. Le primat d’Angleterre, le cardinal Wolsey et tous les évêques du pays, à l’exception de l’évêque de Rochester, Jean Fisher, soutinrent la tentative du roi de rompre son premier mariage qui était valide. Sans doute agirent-ils ainsi pour des motifs pastoraux et alléguant la possibilité d’un accompagnement et discernement pastoral. Au contraire, l’évêque Jean Fisher eut le courage de faire une déclaration très claire à la chambre des Lords, affirmant que le mariage était légitime ; qu’un divorce serait illégal et que le roi n’avait pas le droit de poursuivre dans cette voie. Dans la même session du Parlement, fut approuvé le célèbre « Act of Succession », par lequel tous les citoyens devaient prêter le serment de succession, reconnaissant la progéniture d’Henri et Anne Boleyn comme légitimes héritiers du trône, sous peine d’être coupables du crime de haute trahison. Le cardinal Fisher refusa de prêter serment, fut emprisonné en 1534 à la Tour de Londres et décapité l’année suivante.

Le cardinal Fisher avait déclaré qu’aucun pouvoir ni humain ni divin ne pouvait rompre le mariage du roi et de la reine, parce que le mariage était indissoluble et que lui-même serait prêt à donner volontiers sa vie pour défendre cette vérité. Le cardinal Fisher faisait remarquer en cette circonstance que Jean-Baptiste ne voyait pas de mort plus glorieuse que celle offerte pour la cause du mariage, et pourtant le mariage n’était pas aussi sacré à cette époque qu’il le devint quand le Christ versa son sang pour le sanctifier.

Dans au moins deux récits de son procès, saint Thomas More observa que la vraie cause d’inimitié d’Henri VIII à son égard, était le fait que Thomas More ne reconnaissait pas Anne Boleyn comme la femme d’Henri VIII. L’une des causes de l’incarcération de Thomas More fut son refus d’affirmer avec serment la validité du mariage d’Henri VIII et Anne Boleyn. A cette époque-là, contrairement à la nôtre, aucun catholique ne croyait qu’une relation adultère puisse être, en des circonstances déterminées et pour des motifs pastoraux, considérée comme un vrai mariage.

Réginald Pole, futur cardinal, était un cousin éloigné du roi Henri VIII, et avait reçu de lui dans sa jeunesse une généreuse bourse d’études. Henri VIII lui offrit l’archevêché de York s’il le soutenait dans son procès de divorce. Pole aurait dû ainsi être complice du mépris qu’avait Henri VIII pour le mariage. Lors d’un entretien avec le roi au palais royal, Réginald Pole lui dit qu’il ne pouvait approuver ses plans, pour le salut de l’âme du Roi et pour ne pas aller à l’encontre de sa propre conscience. Personne jusqu’alors n’avait osé s’opposer ouvertement au roi. Quand Réginald Pole prononça ces paroles, le roi se mit dans une telle colère qu’il saisit son poignard. Mais la simplicité candide avec laquelle parlait Pole, comme s’il avait prononcé un message de Dieu, et son courage face à un tyran, lui sauvèrent la vie.

Certains membres du clergé suggérèrent à cette époque au cardinal Fisher, au cardinal Pole et à Thomas More d’être plus « réalistes » dans l’affaire de l’union irrégulière et adultère d’Henri VIII et Anne Boleyn, moins « tout noir ou tout blanc », et qu’on pourrait peut-être faire un bref procès canonique pour constater la nullité du premier mariage. On aurait pu ainsi éviter un schisme et empêcher Henri VIII de commettre ultérieurement de graves et monstrueux péchés. Et pourtant face à un tel raisonnement, il y a un grand problème : le témoignage entier de la Parole divine révélée et de la tradition ininterrompue de l’Eglise disent qu’on ne peut renier la réalité de l’indissolubilité d’un vrai mariage ou tolérer un adultère qui se consolide avec le temps, quelles que soient les circonstances.

Un dernier exemple est le témoignage de ceux que l’on appela les cardinaux « noirs » dans l’affaire du divorce de Napoléon Ier, un noble et glorieux exemple de membres du collège cardinalice pour tous les temps. En 1810, le cardinal Ercole Consalvi, alors secrétaire d’Etat, refusa d’assister à la célébration du mariage de Napoléon Ier et Marie-Louise d’Autriche, étant donné que le pape n’avait pas pu s’exprimer sur l’invalidité de la première union entre l’empereur et Joséphine de Beauharnais. Furieux, Napoléon ordonna que les biens de Consalvi et des 12 autres cardinaux soient confisqués et qu’ils soient privés de leur rang. Ces cardinaux allaient donc devoir se vêtir comme de simples prêtres et c’est ainsi qu’on les surnomma les « cardinaux noirs ». Le cardinal Consalvi raconta l’affaire des 13 « cardinaux noirs » dans ses Mémoires :

 « Nous fûmes donc obligés, le même jour, de ne plus faire usage des insignes cardinalices et de nous revêtir de noir, ce qui donna lieu à la dénomination des “Noirs” et des “Rouges”, par laquelle on désigna les deux parties du sacré Collège… Dans un premier accès de fureur, l’empereur ordonna d'abord de fusiller trois des cardinaux absents, Opizzoni, Consalvi et un troisième dont on ne sait pas le nom avec certitude (mais que l'on croit être le cardinal di Pietro), et s’étant finalement limité à moi seul, la chose ne se réalisa pas. »

Puis le cardinal Consalvi relate avec plus de détails :

« Après de nombreuses délibérations entre nous treize, nous arrivâmes à la conclusion qu’aux invitations de l’empereur, ayant rapport à son mariage, nous n'assisterions pas, ni au mariage ecclésiastique pour la raison énoncée ci-dessus, ni au mariage civil parce que nous estimions qu’il ne convenait pas à des cardinaux d’autoriser de leur présence la nouvelle législation, qui sépare un tel acte de la bénédiction nuptiale, ainsi qu’on l’appelle, indépendamment de ce que cet acte lui-même donnait lieu de regarder comme brisé légitimement le lien précédent, ce que nous ne pensions pas, et avec justice. Nous décidâmes donc de ne pas y assister. Quand le mariage civil eut lieu à Saint-Cloud, les treize n'assistèrent pas. Vint le jour où se fit le mariage ecclésiastique. On prépara les sièges pour tous les cardinaux ; jusqu’à la fin on ne perdit pas l'espoir de les compter tous parmi les spectacteurs de cet acte qui intéressait le plus vivement la Cour. Mais les treize ne parurent point. Les quatorze autres cardinaux assistèrent … Quand l'empereur entra dans la chapelle, son regard se porta d'abord vers l'endroit où étaient les cardinaux. En n’y voyant que le nombre de quatorze, son visage parut si courroucé que tous les assistants s’en aperçurent… 
« Nous nous rencontrâmes presque tous ensemble dans l'antichambre du ministre, et on nous introduisit dans son cabinet. Onze y étaient, ainsi que le ministre de la police, Fouché. Dès que Fouché m'aperçut : “Eh bien! Monsieur le cardinal, s'écria-t-il, je vous ai prédit que les conséquences seraient affreuses. Ce qui me fait le plus de peine, c'est que vous soyez du nombre !” 
« Ils nous firent asseoir en cercle, et alors le ministre des Cultes commença un long discours qui ne fut compris que du plus petit nombre, car, parmi les treize, il y en avait à peine trois qui sussent le français. Il nous dit donc, en substance, que nous avions commis un crime d'Etat, et que nous étions coupables de lèse-majesté ; que nous avions comploté contre l'empereur. De ce délit, interdit et puni très sévèrement par les lois en vigueur, il se trouvait dans la désagréable nécessité de nous manifester les ordres de sa Majesté nous concernant, qui se réduisaient à trois points, à savoir : 1° nos biens, soit ecclésiastiques, soit privés, nous étaient enlevés et mis sous séquestre; nous en étions entièrement dépouillés ; 2° on nous défendait de faire usage des insignes cardinalices et de toutes marques de notre dignité, sa Majesté ne nous considérant plus comme cardinaux ; 3° sa Majesté se réservait de statuer sur nos personnes. Il nous fit entendre que quelques-uns d’entre nous seraient mis en jugement. Nous fûmes donc obligés, le même jour, de ne plus faire usage des insignes cardinalices et de nous revêtir de noir, ce qui donna lieu à la dénomination des “noirs” et des “rouges”, par laquelle on désigna les deux parties du sacré Collège. »

Il nous faudrait aujourd'hui beaucoup de « cardinaux noirs » !

Que le Saint-Esprit suscite en tous les membres de l’Eglise, du plus simple et humble fidèle jusqu’au Souverain Pontife, toujours davantage de courageux défenseurs de la vérité de l’indissolubilité du mariage et de la pratique immuable de l’Eglise en cette matière, même si une telle défense devait risquer de leur apporter de considérables préjudices personnels. L’Eglise doit plus que jamais s’employer à annoncer la doctrine et la pastorale du mariage, afin que dans la vie des époux et spécialement de ceux que l’on appelle les dicorcés remariés, soit observé ce que le Saint-Esprit a dit dans la Sainte Ecriture : « Que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure » (Héb. 13, 4). Seule une pastorale du mariage qui prend encore au sérieux ces paroles de Dieu se révèle véritablement miséricordieuse, puisqu’elle conduit les âmes pécheresses sur la voie sûre de la vie éternelle. Et c’est cela qui compte !

Traduction de l'italien vers le français : Marie Perrin, pour la Fondazione Lepanto

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